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Agence de la santé et des services sociaux de Chaudière-Appalaches
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4.2.2 L’exposition à des produits cancérogènes en Chaudière-Appalaches

Il n’existe pas de portait global fiable de l’exposition des travailleurs aux produits cancérogènes présents dans les milieux de travail de Chaudière-Appalaches. Par contre, la DSPE et le CSSS ont réalisé un bilan de l’exposition des travailleurs à l’amiante et disposent d’un registre des situations impliquant des produits cancérogènes dans des établissements desservis sur la base d’un programme de santé.

4.2.2.1 L’exposition des travailleurs des mines à l’amiante chrysotile

La DSPE s’est intéressée à l’exposition des travailleurs miniers à la fin des années 1990 à partir des données recueillies par les deux mines de l’époque. La stratégie d’échantillonnage appliquée par les compagnies a fait l’objet d’une acceptation par les membres du comité de santé et de sécurité. Le plan d’échantillonnage appliqué servait à évaluer de manière rationnelle l’exposition des travailleurs à la poussière d’amiante et à assurer le maintien des meilleurs moyens de contrôle de la qualité de l’air ambiant dans les opérations[238]32. Les données issues de la surveillance environnementale exercée par les mines étaient et sont transmises annuellement au comité de santé et de sécurité de l’entreprise ainsi qu’à la CSST.

Le portait des résultats d’échantillonnage a été réalisé de façon distincte pour chacune des mines. Dans une des entreprises, la DSPE avait constaté en 2001 que 676 échantillons avaient été faits au cours des 5 années précédentes pour 57 titres d’emplois totalisant un maximum de 512 travailleurs. Au cours de ces 5 années, 39 dépassements de la norme québécoise, soit 1 fibre par centimètre cube avaient été notés. Pour les travailleurs surexposés, l’étendue de la surexposition avait varié de 1,01 jusqu’à 4,75 fibre par centimètre cube[238].

Dans l’autre mine, un total de 248 échantillons avaient été faits au cours des 5 années, de 1995 à 2000, et ce, pour environ 47 titres d’emplois représentant un maximum de 350 travailleurs. Durant les 5 années, 35 dépassements de la norme ont été observés avec une variation entre 1,02 fibre par centimètre cube et 5,15 fibres par centimètre cube[238].

Quant aux postes de travail (titres d’emploi) les plus exposés, ils varièrent selon les entreprises. Le tableau suivant en fournit un résumé.

Postes de travail (titres d’emploi) en surexposition, entre 1995 et 2000, dans les mines d’amiante de Chaudière-Appalaches selon les écarts notés dans les résultats

Finalement, la DSPE et le CLSC avaient alors constaté que, pour la période étudiée, les valeurs mesurées d’exposition à l’amiante se situaient habituellement sous la norme québécoise mais souvent au-dessus de la valeur de 0,1 fibre par centimètre cube suggérée ou utilisée par d’organismes crédibles tels American Conference of Industrial Hygienists, Occupational safety Health Administration aux États-Unis et la Communauté européenne. Lorsque des dépassements de la norme québécoise étaient mesurés, des mesures de correction spécifiques étaient alors appliquées. Par contre, ils constataient qu’il n’était pas possible d’établir un profil d’exposition à l’amiante en fonction des différents métiers, permettant notamment d’établir le nombre de travailleurs exposés par niveau d’exposition[238]. Les auteurs reconnaissaient qu’il existait

à partir des nombreux résultats des bilans annuels une grande variabilité dans l’exposition des travailleurs pour un même poste d’emploi au cours des différentes années. Aussi pour obtenir un profil d’exposition par corps d’emploi qui permettrait, tenant compte de la variabilité de l’exposition et de la puissance statistique nécessaire, d’estimer de façon plus précise l’exposition réelle et ainsi connaître le risque par corps d’emploi.(...)[239].

Ils ont d’ailleurs recommandé de réaliser des études plus poussées à partir des données brutes existantes[239].

4.2.2 L’exposition à des produits cancérogènes en Chaudière-Appalaches

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4.2.2.2 L’exposition à l’amiante dans les autres secteurs d’activité économique

Il est important de mentionner que des travailleurs peuvent être exposés à l’amiante dans des secteurs industriels[240] et dans le secteur du Bâtiment et des travaux publics (ou construction). Dans la région de la Chaudière-Appalaches, il y avait en 2006, un établissement avec de l’amiante dans ses procédés ou huit dont les équipements utilisés (mitaines, couvertures, etc.) contenaient de l’amiante. La situation est inconnue en 2010. Par ailleurs, le secteur du Bâtiment et des travaux publics est particulièrement problématique, car les travailleurs peuvent fréquemment subir des expositions à l’amiante à leur insu. Ainsi, des actions préventives du réseau, en concertation avec la CSST, sont prévues dans les prochaiens années.

4.2.2.3 Le registre des surexpositions

Dans le cadre de l’implantation de la démarche provinciale sur le signalement systématique des situations de surexpositions des travailleurs, l’équipe locale de santé au travail du CSSS de Montmagny-L’Islet s’est dotée d’un registre des surexpositions en y intégrant par la même occasion un volet pour les expositions à des cancérogènes cotés C1 (démontré chez l’humain) et C2 (soupçonné chez l’humain) dans le Règlement sur la santé et la sécurité du travail du Québec33. Tout en étant à sa première année d’implantation, ce registre vise à colliger les informations inscrites dans les dossiers des établissements dotés d’un PSSE, sur des situations connues de 2000 à nos jours.

En date du 28 janvier 2009, on y recensait quelque 447 travailleurs de 17 établissements différents exposés à des niveaux plus ou moins élevés à l’un des cancérogènes parmi les 5 actuellement inscrits dans le registre et identifiés dans leur milieu de travail, soit le formaldéhyde, la silice cristalline, l’amiante chrysotile, le chrome hexavalent présent dans les fumées de soudage et le béryllium.

Nombre de travailleurs exposés à des agents cancérogènes listés dans le registre des surexpositions provenant de 17 établissements (au 28 janvier 2009)

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Lorsque la situation économique fait en sorte qu’il y a du travail dans le secteur des mines, il y a un peu plus de 25034 travailleurs qui seraient exposés à des fibres d’amiante chrysotile. Ces derniers sont toutefois exposés sous la norme du Règlement sur la santé et la sécurité du travail du Québec et leur établissement fait l’objet d’un PSSE.

Dans un établissement, on dénombre 20 travailleurs exposés à du chrome hexavalent via les fumées de soudage à des niveaux qui se rapprochent parfois de la norme du Règlement sur la santé et la sécurité du travail tandis que dans un autre établissement, un soudeur est exposé légèrement au-dessus de la norme pour le béryllium. Comme dans les autres cas, un PSSE est en place et des recommandations ont été faites pour tenter de réduire au mieux l’exposition des travailleurs aux fumées de soudage.

En étant à sa première année d’existence, le registre régional n’a pas la prétention de représenter le portrait complet et exact des expositions professionnelles aux produits cancérogènes, loin de là. En effet, Siemiatycki[241] recensait 2835 agents cancérogènes professionnels démontrés chez l’humain, 27 probables et 113 possibles. Il a cependant le mérite de systématiser la connaissance que l’on a des expositions de travailleurs à des cancérogènes et il s’avère un outil de suivi pour les cas de surexposition afin qu’ils soient pris en charge et qu’ils soient éventuellement contrôlés par les milieux de travail avec l’assistance des services locaux de santé au travail.

Parmi les avenues de solution, soulignons que les intervenants de santé au travail priorisent d’abord la réduction à la source. Lorsque possible, la substitution d’un produit cancérogène par un autre produit qui ne l’est pas constitue un bon exemple de solution à privilégier. Outre les efforts de réduction à la source, l’optimisation de la ventilation, l’aspiration à la source ainsi que le port d’équipement de protection individuelle (masques, casque ventilé, gants, vêtements étanches, etc.) constituent des avenues additionnelles de réduction de l’exposition des travailleurs.

4.2.2.4 L’exposition à l’amiante en milieu scolaire

En 1997, pour faire suite aux travaux d'un comité interministériel sur l’amiante, le MSSS a mis en place un Comité aviseur sur l’exposition à l’amiante au Québec. Dans le cadre des travaux de ce comité, le milieu scolaire36, et particulièrement les bâtiments contenant de l’amiante, ont été considérés comme une priorité à étudier en raison de la présence de nombreux élèves, de leur âge et du temps de latence des maladies liées à l’amiante et de l’exposition potentielle de certains travailleurs, ouvriers comme enseignants.

Ainsi, entre mars 1998 et janvier 1999, une vaste opération pilotée par le ministère de l’Éducation du Québec et le MSSS avec divers partenaires, a visé une gestion sécuritaire de l’amiante dans ce milieu. Cette opération avait comme objet :

  • que les commissions scolaires identifient les bâtiments scolaires où il y a un flocage37 d’amiante, incluant une caractérisation du type de fibres présent;
  • que les équipes de santé publique évaluent qualitativement l’état de conservation du flocage;
  • et, lorsque nécessaire, que les commissions scolaires, avec l’aide financière du ministère de l’Éducation du Québec, mettent en place des correctifs ainsi qu’un suivi de l’opération.

Dans la région, en 1999, 33 établissements scolaires, provenant des 4 commissions scolaires, totalisaient 259 locaux avec flocage d’amiante. Parmi ceux-ci, seulement 11 locaux avaient une situation nécessitant des interventions à court terme (« cote 3 ») en raison de la dégradation des matériaux[242].
Les cotes sont basées sur l’état général des dommages, l’accessibilité, la friabilité et la dispersion :

  • Cotes 1 et 2 : matériaux non détériorés ou commençant à se dégrader et qui nécessitent des mesures de surveillance périodique et d’entretien préventif;
  • Cote 3 : matériaux dégradés qui nécessitent des mesures correctives dans les meilleurs délais, selon un échéancier établi par les commissions scolaires.

En septembre 1999, la DSPE rapportait que tous les locaux avec une cote 3 avaient fait l’objet de mesures concrètes (déplacement d’activités, modification de pratiques et mesures de protection des travailleurs) afin de limiter l’exposition des élèves et du personnel aux fibres d’amiante[243].

Par ailleurs, un bilan ultérieur[244] présente une situation qui aurait peu évoluée. Notons que trois locaux dans trois bâtiments ont été l’objet d’une intervention réalisée avant l’attribution d’une cote ou pour répondre à une situation particulière et ne sont pas inclus dans le bilan de 2005.

Situation des bâtiments et locaux avec flocage d’amiante et cote 3 dans les écoles primaires et secondaires de la région

En plus des interventions directes qui visaient la correction, des actions de formation ainsi que du soutien de la part de divers intervenants ont été réalisés. À titre d’exemple, des formations ont été organisées et sont disponibles à l’intention du personnel affecté à l’entretien et à la réparation des bâtiments par la Fédération des commissions scolaires du Québec, en collaboration avec le ministère de l’Éducation du Québec et la CSST[244].

4.2.2.5 Les autres expositions potentielles

D’autres produits cancérogènes peuvent affecter les travailleurs de la région. Pour fournir un aperçu des agents cancérogènes et des emplois ou secteurs potentiels concernés, 20 des 29 agents cancérogènes démontrés pour l’humain sont présentés à l’annexe 4. Ils ont été sélectionnés sur la base de leur présence probable dans la région.

Il convient de porter une attention particulière à la silice cristalline classée comme cancérogène chez l’humain par le CIRC. Celle-ci peut causer le cancercancer
Maladie caractérisée par la prolifération anormale et désordonnée des cellules. À l’exception des cellules cancéreuses, certains fluides physiologiques (sang, liquide lymphatique) forment par la suite une tumeur maligne (dite tumeur primaire) qui envahit les tissus adjacents. Pour beaucoup de cancers, les cellules cancéreuses peuvent migrer vers d’autres organes et y proliférer. Ces proliférations, distantes de la tumeur primaire, sont appelées métastases.
du poumon chez les travailleurs exposés, particulièrement s’ils sont porteurs de silicose. Ce lien causal, vraisemblablement méconnu, est fortement sous-estimé au Québec. En effet, très peu de cas de cancer du poumon causé par la silice apparaissent dans le fichier des lésions profesionnelles déclarées et acceptées par la CSST (12 tumeurs malignes dues à la silice entre 1997 et 2007 dans l’ensemble du Québec, dont 3 cas en Chaudière- Appalaches). Puis, dans le fichier des MADO on note qu’il y a eu, entre 2006 et 2009, minimalement cinq cas de cancer du poumon liés à la silice dans la région. Ceci indique certainement une faible reconnaissance du problème. En effet, l’OMS estime qu’il y a eu 30 000 décès en 2000 dus au cancer du poumon causé par la silice, davantage que ceux causés par l’amiante (estimés à 22 000)[246]. L’Organisation internationale du travail a d’ailleurs lancé un programme global d’élimination de la silicose[247, 248], ce qui par le fait réduirait, voire éliminerait le risque de cancercancer
Maladie caractérisée par la prolifération anormale et désordonnée des cellules. À l’exception des cellules cancéreuses, certains fluides physiologiques (sang, liquide lymphatique) forment par la suite une tumeur maligne (dite tumeur primaire) qui envahit les tissus adjacents. Pour beaucoup de cancers, les cellules cancéreuses peuvent migrer vers d’autres organes et y proliférer. Ces proliférations, distantes de la tumeur primaire, sont appelées métastases.
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Bien qu’il n’y ait pas d’estimation du nombre de travailleurs exposés à la silice cristalline, il est possible d’identifier les principaux secteurs d’activité économique à risque. À cet égard, les travailleurs du secteur du Bâtiment et des travaux publics (ou construction) sont particulièrement à risque de développer la silicose, et donc le cancer du poumon causé par la silice. Ainsi, la CSST a inclus depuis quelques années dans son Plan d’action construction la tolérance zéro pour l’exposition à l’amiante et la silice dans ce secteur[249]. Le cahier des charges du réseau de la santé au travail prévoit des interventions préventives dans le Bâtiment et des travaux publics au regard de l’amiante et de la silice.

4.2.2 L’exposition à des produits cancérogènes en Chaudière-Appalaches

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32 La durée des échantillonnages a varié selon la variation dans l’emploi occupé (travailleurs sédentaires : 2 heures et ceux dont le travail varie : 4 heures). Le nombre de travailleurs échantillonnés est de 2 pour les groupes (titres d’emplois) composés de moins de 25 travailleurs et 10 % lorsqu’un groupe est supérieur à 25. Mais le nombre a pu varier selon le nombre de travailleurs dans chaque classification et l’exposition potentielle (20 % des travailleurs dans une classification). La durée qui est de 2 à 4 heures pourra être de 4 à 8 heures. Les postes fixes sont mesurés une fois par année et si le résultat est inférieur au quart de la norme : l’échantillonnage n’a été fait qu’une fois par 2 ans. Le décompte des fibres est fait par le personnel syndiqué des mines et a été soumis à un programme de contrôle de qualité du dénombrement des fibres[238].

33 La classification des agents cancérogènes dans le Règlement sur la santé et la sécurité du travail du Québec n’est jamais totalement à jour avec les avis et recherches du CIRC.

34 Estimation faite sur la base d’une exposition quotidienne moyenne égale ou supérieure à 0,1 fibre par centimètre cube (telle qu’elle est recommandée par OSHA, NIOSH et ACGIH).

35 Il y en a actuellement 29 depuis que l’OMS et le CIRC ont ajouté le formaldéhyde en 2006 (WHO et IARC, 2006).

36 Il faut savoir que, depuis 1990, au Québec, le Règlement sur la santé et la sécurité du travail du Québec (via l'article 41), interdit l'utilisation de l'amosite et de la crocidolite ou d'un produit contenant l'une ou l'autre de ces matières, sauf si leur remplacement n'est pas pratiquement réalisable. Comme ces matières étaient le plus utilisées pour le flocage et le calorifugeage dans les bâtiments, en plus du chrysotile bien sûr, cette interdiction s’applique à l’usage de ces matières partout, incluant tous les édifices depuis 1990.

37 Flocage : Agglomération de fibres d’amiante par un liant et application subséquente par projection à des fins de protection contre le feu et d’amélioration acoustique[242].


© Gouvernement du Québec, 2010