Virus du Nil occidental (VNO)

Moustique

 

 

Que faut-il faire pour bien intervenir?

Épidémiologie

Au Québec, en 2017, 27 cas humains d’infection par le virus du Nil occidental (VNO) ont été déclarés aux autorités de santé publique. Parmi ces 27 cas, 24 ont été hospitalisés, dont sept aux soins intensifs. Tous, sauf un, ont présenté des manifestations cliniques, dont 23 d’entre eux avec atteinte neurologique. Parmi ces dernier, un décès a été rapporté (source : Flash Vigie, mai 2018).

Un cas d’infection par le VNO possiblement acquis en Chaudière-Appalaches a été déclaré en septembre 2018. Ce cas est survenu chez un patient dans la cinquantaine qui présentait des manifestations neurologiques. En 2015, deux autres maladies causées par les arbovirus sont survenues dans la région, plus précisément un cas humain d’encéphalite causée par le virus Jamestown Canyon et un cheval infecté par le virus de l’encéphalite équine de l’Est (EEE).

Depuis 2002, les cas se répartissent dans 14 régions du Québec, celles le plus au sud ayant le plus grand nombre de cas (Montérégie, Laval, Montréal et les Laurentides).

VNO, cas confirmés selon la région de résidence
Québec, années 2002 à 2017

*La catégorie « Autres » regroupe les régions ayant rapporté  cinq cas ou moins depuis 2002. Sont comprises dans cette catégorie les régions Saguenay-Lac-St-Jean, Capitale-Nationale, Mauricie et Centre-du-Québec, Estrie, Abitibi-Témiscamingue, Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine et Chaudière-Appalaches. 
Source : LSPQ, Fichier provincial des MADO, données produites par l'Infocentre de santé publique à l'INSPQ, le 22 juin 2018.

Présentation clinique

Les symptômes d’une infection par le VNO sont variés :

  • Aucun symptôme dans la plupart des cas. En effet, environ 80% des personnes infectées ne présenteront aucun symptôme.
  • Symptômes bénins dans 20% des cas. Les infections symptomatiques s’apparentent, pour la majorité, au syndrome d’allure grippale (aussi appelé la fièvre du Nil) : fièvre, myalgies, céphalées, problèmes gastro-intestinaux ainsi qu’un rash maculopapulaire chez 30 à 50 % des patients symptomatiques.
  • Symptômes sévères chez environ une personne sur 150. Ces symptômes sévères peuvent comprendre une forte fièvre, des maux de tête, une raideur de la nuque, une stupeur, une désorientation, un coma, des tremblements, des convulsions, une faiblesse musculaire, une perte de vision, des engourdissements ou une paralysie.

Les infections sévères peuvent alors prendre la forme d’encéphalite (55 à 60 % des maladies sévères), une méningite aseptique (35 à 40 %) ou d’un syndrome ressemblant à la poliomyélite (5 à 10 %).

Ces symptômes peuvent durer de nombreuses semaines ou encore se compliquer de séquelles permanentes. Ces manifestations peuvent se chevaucher et entraîner des séquelles à long terme, incluant la dépression, la fatigue, des problèmes cognitifs, d’incapacité motrice ou de paralysie.

Les personnes âgées de plus de 50 ans de même que celles dont le système immunitaire est affaibli sont plus à risque de ce type de complications.

La létalité se situe entre 4 et 14 % pour les cas d’infection sévère et ce taux serait supérieur parmi les personnes âgées de plus de 50 ans.

Quelles actions privilégier?

Les médecins de la région doivent faire preuve de vigilance en saison estivale, et rechercher le VNO chez les patients ayant une atteinte neurologique ainsi que chez les patients présentant un syndrome viral grave même sans atteinte neurologique et qui consultent en milieu hospitalier. L’infection par le VNO est une maladie à déclaration obligatoire Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.et les cas confirmés par des tests de laboratoire doivent être déclarés à la Direction de santé publique par les laboratoires et les médecins.

Les médecins sont aussi invités à demander des analyses pour la recherche d’anticorps des virus du sérogroupe « Californie » en présence d’un tableau clinique compatible avec une infection par l’un de ces virus et d’antécédents d’exposition à des moustiques lors d’activités à l’extérieur (dans des boisés, en forêt, dans des parcs, etc.).

Critères de vigilance clinique

Syndrome neurologique lié au VNO

Fièvre et une des manifestations cliniques suivantes : 

    • encéphalite;
    • méningite virale;
    • paralysie flasque aiguë; 
    • mouvements anormaux; 
    • parkinsonisme ou syndrome de type parkinsonien;
    • autres syndromes neurologiques.

Syndrome non neurologique lié au VNO

Au moins deux des symptômes suivants :  

    • fièvre;
    • myalgies;
    • arthralgies;
    • céphalées;
    • fatigue;
    • lymphadénopathie
    • éruption maculopapulaire.  

Méthode diagnostique

Sérum :

Dans l’investigation d’un cas d’infection par le VNO, on suggère le prélèvement de deux sérums, un sérum précoce, prélevé le plus rapidement possible après le début des symptômes et un sérum tardif effectué 14 à 21 jours plus tard. Différentes analyses seront effectuées par le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) sur ces prélèvements, principalement la recherche d’IgM et d’IgG, ainsi qu’un test de confirmation. La sérologie peut s’avérer négative au moment de la présentation initiale du patient, mais elle devient positive huit jours après le début des symptômes dans 90 % des sérums et 95 % des prélèvements de liquide céphalorachidien (LCR). Les auteurs recommandent de tester à nouveau les patients si les résultats sont négatifs et que l’indice de suspicion de l’infection au VNO est élevé.

Pour les laboratoires, il est très important de ne pas attendre d’obtenir le deuxième sérum avant de faire parvenir le premier prélèvement au Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ), car l’épreuve EIA-IgM sera effectuée dès la réception du premier sérum.

Précision supplémentaire (extrait d'une lettre du LSPQ, septembre 2018) :

« Nous remarquons récemment une hausse du nombre d’infections au virus du Nil Occidental (VNO), mais que plusieurs requêtes de laboratoire sont incomplètes. À titre de rappel, le diagnostic des encéphalites arbovirales acquises en Amérique du Nord devrait inclure :

  • Sérologie virus du Nil Occidental (VNO) sur sérum seulement
  • Sérologie virus du sérogroupe californien (VSC)
  • De plus, il est très important de privilégier les tests de séroconversion (deux prélèvements espacés de 1 à 2 semaines)
  • Les demandes doivent être accompagnées des renseignements cliniques obligatoires (Région/pays visité, Date de voyage (début-fin), Date du début des symptômes, Atteintes neurologiques objectivées (encéphalite, méningite…)  

Les demandes de TAAN dont l'humain n'est pas le réservoir (VNO, VSC, POW, EEE) sont rarement indiquées, car la virémie est de très courte durée et de faible amplitude.

D’autres arbovirus plus rares peuvent être recherchés au besoin, comme Powassan, Cache Valley ou l’encéphalite équine de l’est (EEE). Ils doivent être prescrits indépendamment. »

Liquide céphalo-rachidien (LCR) :

La recherche d'acides nucléiques du VNO sur un échantillon de LCR par RT-PCR est offerte seulement pour les patients immunosupprimés ou pour les patients ayant un sérum positif pour les IgM. Il ne s’agit pas d’un test diagnostique. Cependant, un résultat positif permet de confirmer une infection.

La recherche du VNO par TAAN sur le LCR ou le sérum n’est pas recommandée pour le diagnostic de l’infection chez les patients immunocompétents, le pic de la virémie survenant trois à quatre jours avant le début des symptômes. La sensibilité des TAAN est faible dans ce contexte : 57 % sur le LCR et 14 % sur le sérum.

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À retenir

Il est important de considérer le diagnostic d’infection au VNO pour tous les cas d’encéphalite ou de méningite et pour les patients présentant un syndrome viral grave, même sans atteinte neurologique, qui consultent en milieu hospitalier en période estivale ou au début de l’automne.